MusicNomad Acousti-Lok : une solution intelligente

Quand on joue de la guitare acoustique amplifiée, un petit détail peut vite devenir une source de stress : la fixation de la sangle autour de la prise jack. En effet, l’axe de la prise Jack est plus large qu’un endpin normal et il faut souvent entailler la sangle pour qu’elle s’enfile facilement. La sangle donne toujours l’impression de vouloir glisser. Peu de systèmes de verrouillage sont compatibles avec une sortie amplifiée. Mais, entre les systèmes approximatifs, les points de fixation déportés ajoutés à la sauvage, les sangles qui bougent et la peur de voir sa guitare tomber en plein morceau, beaucoup de guitaristes cherchent une solution fiable et élégante. Le MusicNomad Acousti-Lok est-il LA solution ?

Le MusicNomad Acousti-Lok est un accessoire pensé pour sécuriser la sangle sur les guitares acoustiques équipées d’un préampli ou d’une sortie jack au niveau de l’attache arrière. Il permet de déplacer le point de fixation vers un endroit un peu plus favorable mécaniquement, tout en évitant de « massacrer » l’extrémité de la sangle.

Un produit bien conçu et qualitatif

Dès la prise en main, le Acousti-Lok inspire confiance. La fabrication est sérieuse, les matériaux sont robustes et l’installation reste relativement simple. On sent que MusicNomad a voulu proposer quelque chose de durable, propre et pensé pour les musiciens qui jouent régulièrement sur scène ou en répétition. Et sur plusieurs points, il mérite clairement sa bonne réputation.

Le système est fabriqué en laiton massif (solid brass), ce qui renforce cette impression de qualité et de solidité. Ce choix de matériau apporte à la fois robustesse et durabilité, sans donner une sensation “cheap” que l’on retrouve parfois sur certains accessoires. La finition ne souffre d’aucune critique, tout est lisse et net.

L’idée est excellente : remplacer le montage parfois bancal de certaines sangles acoustiques par un système plus stable et mieux maintenu autour de la sortie jack.

Autre point appréciable : le Acousti-Lok existe en plusieurs versions selon le type de filetage utilisé par votre système de préampli. On retrouve notamment :

  • une version en filetage impérial, compatible avec de nombreux systèmes Fishman et assimilés ;
  • une version métrique, adaptée notamment à certains modèles LR Baggs.

C’est un détail important, car toutes les sorties jack d’acoustiques ne partagent pas le même standard.

Pour beaucoup de guitaristes, c’est probablement une vraie amélioration :

  • meilleure stabilité ;
  • sensation de sécurité ;
  • installation plus propre ;
  • moins de risque que la sangle glisse.

Le montage est hyper-facile. On dévisse le bouchon, et on visse l’Acousti-Lok à la place. Au besoin, on dévisse les écrous pour pouvoir ajuster l’orientation du point de fixation. Je l’ai orienté dans l’axe de la sangle pour m’assurer de ne pas exercer de torsion ou de tensions hors axe.

Ce qui m’a moins convaincu

Même si je reconnais les qualités du produit, je dois avouer qu’il ne correspond finalement pas totalement à ma manière de jouer. Quand je joue amplifié, j’ai pris l’habitude de faire passer mon câble jack à travers la sangle. C’est un réflexe que beaucoup de musiciens ont : en cas de traction accidentelle sur le câble, cela évite de tirer directement sur la prise de la guitare. Psychologiquement, et parfois mécaniquement, c’est plutôt rassurant.

David van Lochem en concert.

Comme le Jack passe au travers de l’œillet de la sangle, impossible qu’elle glisse et se détache. Avec l’Acousti-Lok, cette habitude devient moins naturelle pour moi, puisque le système modifie justement cette zone autour de la sortie jack.

Autre détail plus concret : ma sangle est assez épaisse (c’est une Martin Ball Glove Natural Leather). Une fois installée avec le système, l’extrémité de la sangle se retrouve légèrement dans le chemin lorsqu’on veut brancher le jack. Ce n’est pas dramatique, mais suffisamment présent pour casser un peu le confort d’utilisation au quotidien.

Je ne vois pas l’intérêt d’ajouter encore une extension à l’extension pour écarter encore plus le bout de ma sangle. Le branchement reste possible, évidemment, mais on sent que l’ensemble devient plus encombré autour de la prise. Je déteste tâtonner autour du trou, surtout en public.

Un très bon produit… selon vos habitudes

Au final, le MusicNomad Acousti-Lok reste un accessoire sérieux, bien fabriqué et pensé intelligemment. Je comprends totalement pourquoi beaucoup de guitaristes l’apprécient. Et je pense qu’il est recommandable.

Simplement, dans mon cas, certaines habitudes de jeu et l’utilisation d’une sangle épaisse font que je préfère finalement une configuration plus classique. Je le trouve beau, bien pensé et efficace. J’aurais voulu l’aimer parce que je n’ai pas grand-chose à lui reprocher. 

Comme souvent avec le matériel guitare, ce n’est pas seulement une question de qualité : c’est surtout une question de confort personnel, d’habitude et de façon de jouer. Et c’est aussi ça qui fait le charme du matos acoustique : chacun finit par trouver son propre équilibre entre praticité, sécurité et sensations.

J’avais un don, et puis j’ai eu quinze ans

Petite larmichette du matin avec la chanson Baker d’Aimee Carter. Cette chanson parle du talent qu’on ressent, enfant, quand, porté par tout son entourage, on croit le monde trop petit pour contenir tout ce qu’on voudrait réaliser. Et on ne doute pas un seul instant que tout est possible par la seule force de la volonté associée au don qu’on pense naturellement posséder.

Il était une fois, j’étais pâtissière
Et tout le monde était impressionné
Mais je n’avais pas besoin d’être approuvée, car je savais déjà que j’étais la meilleure
Tout ce que je faisais était un chef-d’œuvre
Tout avait un goût divin
Mais malheureusement, j’ai eu sept ans

Que dirais-je à mon jeune moi de 15 ans ?

Bon, je pense que là j'ai plutôt 17 ans, mais vous avez l'idée...

Bon, je pense que là j’ai plutôt 17 ans, mais vous avez l’idée… bien porter la moustache, c’est aussi un don.

Tu as un don, prouve-le et travaille, p’tit con !

Oui, je ne serais pas tendre avec mon moi jeune, il le mérite. Je me suis beaucoup contenté de jouer « pas trop mal » les premières mesures de beaucoup de trucs. Ma vitesse et ma facilité à apprendre étaient ce qui me définissait. Je voulais impressionner. On me disait que j’étais « doué » et c’était largement assez.

Je me souviens de mon premier Everest, le morceau « Bermuda Triangle Exit » que je voulais absolument jouer en entier. Quand j’y suis parvenu, j’ai ressenti une fierté toute différente, parce que je ne l’avais pas fait pour impressionner, mais parce que je voulais jouer ce morceau.

Jacques a dit, Jacques n’a pas dit !

Écoute ton maître. Fais attention aux raccourcis. N’y va pas « au talent ».

  • zapper une basse “parce que ça passe quand même”
  • changer un doigté pour quelque chose de plus confortable
  • bricoler une version “à peu près”

Sur le moment, ça marche. Tu joues plus vite, tu te sens progresser… mais c’est une illusion.

Parce qu’un jour, tu vas te retrouver bloqué. Là, tu vas devoir revenir en arrière, déconstruire ce que tu as appris, et réapprendre correctement. Ça, c’est mille fois plus frustrant que de prendre le bon chemin dès le départ.

Sers-toi des outils !

Tu crois que jouer de la guitare, c’est juste “toi et ton instrument”.
Mais en réalité, tu as plein d’alliés — et tu ne les utilises pas assez.

  • métronome, toujours
  • travaille en boucle les passages difficiles au lieu de rejouer le morceau entier
  • utilise un accordeur (toujours… vraiment toujours)

Même les pros utilisent ces outils. Ce n’est pas de la triche, c’est du travail intelligent.

Alors, arrête de jouer “au feeling” tout le temps.

Un jour tu découvriras des outils super :

  • te filmer pour voir ce que tu fais vraiment (spoiler : ce n’est jamais exactement ce que tu crois)
  • ralentir les morceaux avec une app

Structure un peu ta pratique et tu vas progresser beaucoup plus vite que tu ne l’imagines.

T’as un don ? Vraiment ?

À 18 ans, tu vas te poser la question : « Est-ce que j’ai du talent ? Est-ce que je suis fait pour la musique ? »
Tu vas regarder d’autres guitaristes, et certains vont te sembler… naturels. Fluides. Comme si tout était facile pour eux. Et toi, à côté, tu galères. 

Alors tu vas te dire : “eux ont un don… moi non.” Mais laisse-moi te dire un truc que tu ne comprends pas encore : le “don”, c’est souvent juste des heures que tu ne vois pas.

Ce que tu prends pour du talent, c’est :

  • quelqu’un qui a répété lentement pendant des semaines
  • quelqu’un qui a corrigé ses erreurs au lieu de les ignorer

C’est construit. Note après note. Jour après jour.

Et toi aussi, tu peux y arriver. Pas parce que tu es “doué”… mais parce que tu es prêt à faire le travail. Peut-être que je me donnerais la petite pichenette dans le dos qui m’a manqué pour vraiment y croire à cet âge là. Mais bon, ce n’était pas l’ambiance « mange la vache enragée et affronte le monde », c’était plutôt « voilà ton steak avec des frites et range ta chambre ».

Un jour, tu joueras devant des gens. Prépare-toi.

Concert à Limelette

Même si aujourd’hui, tu joues seul dans ta chambre, porte fermée, sans oser trop faire de bruit… ça ne restera pas comme ça. Un jour, quelqu’un va te dire : “Vas-y, joue un truc.” Puis un jour tu joueras en enchaînant les trucs. Et jouer devant quelqu’un, c’est une autre compétence. Et ça, tu dois t’y préparer.

Commence petit :

  • joue devant un ami
  • enregistre-toi comme si c’était une performance
  • joue sans t’arrêter, même si tu fais une erreur

Parce que sur le moment, tu ne pourras pas recommencer. Tu devras continuer, garder le rythme, sauver le morceau.

Mais bonne nouvelle : ça s’apprend. Plus tu t’exposes, plus ça devient naturel. Et un jour, tu prendras même du plaisir à jouer devant d’autres.

Alors ne reste pas caché trop longtemps. Ton jeu et tes compositions méritent d’être entendus.

Ah oui, une dernière chose, avant que j’oublie, ne monte pas sur une scène ce soir-là dans un bar à Virton, sans savoir ce que tu vas jouer. Ça va te traumatiser un bon moment.

Mais je ne pense pas que je lui dirai que la guitare lui fera rencontrer sa future femme. J’ai peur que ça ne brise le naturel de la rencontre de nos deux âmes sœurs.

 

Entrer dans la lumière… et manquer de relief.

Vous l’avez peut-être remarqué : l’image des films et des séries a changé. Pas juste un peu. Radicalement. Aujourd’hui, les visages sont souvent éclairés de face, de manière uniforme, presque clinique. Plus d’ombres marquées, plus d’ombre sur un profil. De la lumière partout. Pas de contrastes sculptés.

Résultat ? Des visages parfaitement visibles… mais étrangement sans relief. Comme dans un spot publicitaire où le soleil ne vient de nulle part tout en étant partout et où les fenêtres baignent la pièce d’une lumière sans ombre à 360 degrés. C’est clinique, voire chirurgical.

Ma maigre expérience de vidéaste et de photographe m’a mis dans l’œil une sensibilité à cette évolution. Au point que parfois je peine à m’immerger totalement dans certaines productions récentes. C’est un sujet à débat, j’en conviens.

La lumière : le clair obscur et l'éclairage pleine face (image générée par IA).

La lumière : le clair-obscur et l’éclairage pleine face (image générée par IA).

Quand la lumière racontait quelque chose

Avant, la lumière n’était pas là uniquement pour “voir” les acteurs et leur plastique. Elle servait à raconter. Dans le cinéma classique, ou même encore dans les années 90–2000, l’éclairage jouait avec les ombres. Un visage pouvait être à moitié plongé dans le noir. La lumière sculptait une ride, une pommette, un regard.

On parle parfois de “lumière Rembrandt” (inspirée du peintre Rembrandt), avec ce triangle lumineux sur la joue opposée à la source. Ce genre de technique donnait du volume, de la tension, du mystère. Du clair-obscur tranché au modelé plus délicat, la lumière était un langage. Les silhouettes se détachaient parfois sur un fond lumineux. Il arrivait qu’un visage en ombre chinoise nimbé de la fumée d’une cigarette habite toute une scène de sa présence.

Aujourd’hui ? On éclaire tout. Partout. Tout le temps à 360°, comme une salle d’opération.

La tyrannie de la visibilité parfaite

Les acteurs sont désormais souvent éclairés pleine face, avec des sources larges et diffuses. Pas d’ombre dure, pas de contraste violent. C’est flatteur, oui. Ça gomme les défauts. Ça passe bien sur tous les écrans, du smartphone à la télé 4K mal calibrée du salon.

Mais ça tue aussi quelque chose : la profondeur. Un visage éclairé de manière identique des deux côtés perd son modelé. Il devient une surface. L’émotion passe moins par les volumes, plus par le jeu pur… et parfois, ça ne suffit pas.

Des visages pâles dans un monde à la lumière désaturée

Autre évolution : la couleur. On est passé d’images chaudes, parfois saturées, à une esthétique plus froide, plus neutre, voire carrément désaturée. Les teintes chair deviennent plus pâles, presque poudrées. Les contrastes de couleur s’effacent. Tout semble un peu… aseptisé. Exit aussi, l’esthétique des films allemands ou anglais avec leur éclairage tirant vers le vert tungstène avec des touches jaune-orangé en accent. 

La lumière et la couleur : deux salles, deux ambiances (image caricaturale générée par IA).

La lumière et la couleur : deux salles, deux ambiances (image caricaturale générée par IA).

La technique aurait surmonté certaines difficultés du passé ? Certains pointent du doigt l’éclairage LED. C’est tentant, mais simpliste. Les LED peuvent produire une lumière chaude, froide, dure ou douce. Il est vrai que les scènes de nuit ont été radicalement modifiées par l’éclairage LED. Elles sont neutres et plus jaune-bleu comme par le passé.

Mais le problème n’est pas l’outil, c’est l’intention derrière.

Des choix esthétiques… et industriels

Ce changement n’est pas un accident.

  • Les plateformes de streaming veulent une image lisible partout, même sur des petits écrans ou une tablette à l’écran rempli de reflets qu’on regarde distraitement sous un ciel clair
  • Les workflows numériques favorisent la cohérence et la rapidité
  • Les étalonnages sont pensés pour des écrans variés
  • Et accessoirement, personne ne veut que son acteur principal paraisse fatigué à l’écran. Au prix de la chirurgie esthétique, chaque centimètre carré de peau doit être rentabilisé.

Donc on éclaire plus, plus uniformément, plus “proprement”. Et, au passage, on perd une partie du langage visuel du cinéma. Même les rares zones d’ombre scénaristiques doivent maintenant être rendues explicites dans les dialogues pour les mal-comprennants.

Moins d’ombres, moins de mystère

L’ombre, c’est ce qui crée le doute, la tension, la profondeur. Quand tout est visible, tout est expliqué. Et quand tout est expliqué… il reste moins à ressentir. 

C’est un peu comme une guitare compressée à mort : chaque note est claire, parfaitement audible… mais la dynamique a disparu. Le relief aussi.

Un parallèle (osé ?) avec la musique

C’est exactement ce qui se produit en musique quand on compresse trop, quand on nettoie à l’excès, quand on cherche la perfection sonore au détriment du grain. Un son trop propre devient vite sans caractère. Une guitare sans aspérités finit par perdre sa voix. La lumière, comme le son, a besoin de respirer. Elle a besoin de zones plus sombres pour que les zones lumineuses existent vraiment.

Retrouver le relief

Il ne s’agit pas de dire que tout était mieux “avant”. Mais peut-être de rappeler que la technologie ne devrait jamais dicter seule l’esthétique. Entrer dans la lumière, oui. Mais pas au point d’effacer les reliefs, les contrastes, les zones d’ombre qui font toute la richesse d’un visage, d’un plan… ou d’un morceau de musique. J’aime certains réalisateurs qui osent encore plonger une armée dans le noir et ne l’éclairer qu’au moment des explosions, comme dans le Dune de Villeneuve, par exemple. Ou les lumières du film « Une bataille après l’autre » avec du grain et de l’ombre, des reflets et même de la poussière dans l’air.

Parce qu’au fond, que ce soit à l’image ou à la guitare, ce sont souvent les imperfections, le grain, le relief, les tensions et les contrastes qui rendent une œuvre plus vivante et plus proche de nous.

UPDATE : apparemment cette réflexion m’a sans doute été involontairement inspirée par un débat autour de la nouvelle série Harry Potter. L’ai-je vue dans mon fil, sur un site que je suis ? En tout cas, le plug était involontaire ou inconscient de ma part.

Le deuil du désir et le G.A.S.*

Je dois l’avouer : je suis un gadgetman. J’aime le matériel, j’aime le désir des accessoires. Pas seulement pour ce qu’ils permettent de faire, mais pour ce qu’il promettent. Les objets bien conçus, les accessoires précis, les outils très (trop ?) spécialisés ont sur moi un pouvoir particulier. Ils déclenchent quelque chose d’immédiat : une curiosité, un désir, une projection.

Je peux passer un temps déraisonnable à regarder un accessoire, à comparer les versions, à lire des avis, à examiner les photos comme si j’y cherchais un secret. La finition, les matériaux, l’ingéniosité du mécanisme… tout cela me parle. Un jour il sera mien et ce jour sera bien.

David van Lochem au studio

David van Lochem au studio

(*) G.A.S. signifie Gear Acquisition Syndrome.
C’est un terme humoristique très répandu dans les milieux de passionnés — surtout chez les musiciens, les photographes, les amateurs de matériel audio, de couteaux, de vélo, d’informatique, etc.
Le Gear Acquisition Syndrome (G.A.S.) désigne la tendance à désirer, rechercher et acheter constamment du nouveau matériel, souvent avec l’idée que cet équipement va améliorer la pratique, les performances ou le plaisir… alors que ce n’est pas toujours le cas.

Actuellement dans ma liste il y a, entre autres :

  • l’inévitable paire de micros Neumann KM184,
  • un nouvel iPad,
  • une liseuse e-ink pour organiser mes partitions,
  • une autre guitare, évidemment,
  • une table de mixage SSL Six
  • un channel strip SSL
  • de quoi monter un autre pedalboard,
  • un sac de backliner avec des compartiments pour micros et cables.

Chaque objet porte une promesse

Dans ma tête, il y a toujours une petite histoire qui se construit : la version de moi-même qui l’utilise, le plaisir qu’il apportera, l’amélioration subtile qu’il produira. Le grand pas en avant vers un objectif élusif. L’objet n’est pas seulement un objet. Il est un futur possible. Le marketing aide un peu, bien sûr. Mais la vérité, c’est que je fais une grande partie du travail moi-même. 

Puis un jour, je craque. Après tout, je le mérite. Le clic. La commande. Le colis qui arrive. Et ce moment reste toujours particulier. On ouvre l’emballage avec un mélange d’excitation et de solennité. On découvre l’objet réel, enfin sorti du monde des images et des fiches techniques. On le touche, on l’observe, on l’essaie.

Au début, il y a une vraie satisfaction.

C’est beau. C’est bien fabriqué. Exactement ce qu’on imaginait. Et pourtant, presque instantanément , quelque chose se transforme. Pas une déception franche. Plutôt une petite mélancolie presque imperceptible. Car au moment précis où l’on possède l’objet, une chose disparaît : le désir.

Pendant tout le temps où je ne l’avais pas, l’accessoire vivait dans un espace imaginaire. Il était chargé de promesses, d’améliorations possibles, de plaisir anticipé. Il existait dans une forme d’attente. 

Georges Clemenceau avait une formule célèbre : « Le meilleur moment de l’amour, c’est quand on monte l’escalier. » Il parlait de ce moment suspendu où tout est encore à venir. L’attente, l’anticipation, la tension délicieuse de ce qui n’est pas encore arrivé.

Les objets que l’on convoite vivent exactement dans cet escalier. Tant qu’on ne les possède pas, ils restent dans cet état de promesse. Et quand enfin on ouvre la porte… ils deviennent simplement réels.

Le moment de l’imposture

Il y a aussi ce moment curieux où l’on regarde l’objet et où l’on se demande si l’on est vraiment la personne qui devait l’acheter. C’est particulièrement vrai quand il est cher.

Je me suis déjà surpris à penser :
Est-ce que j’en avais vraiment besoin ?

Les accessoires coûteux portent souvent une dimension symbolique. Ils représentent une version idéalisée de nous-mêmes : plus compétente, plus sérieuse, plus passionnée. Et parfois l’écart entre cette version imaginée et la réalité se fait sentir. On se sent presque un peu imposteur face à son propre achat.

Le regret… et un peu de colère

Puis viennent les pensées silencieuses.

La version moins chère aurait peut-être suffi.
Est-ce que ça change vraiment quelque chose ?

Ce regret est rarement violent. Il est diffus, presque discret. Mais il s’accompagne parfois d’une émotion plus piquante : une légère colère contre soi-même. Pas une grande colère. Plutôt une irritation intérieure.

Comme si une petite voix disait :

Tu le savais .
Tu savais que la promesse était un peu exagérée.Tu savais que la nouveauté allait perdre rapidement de son éclat.Tu savais que l’objet ne transformerait rien d’essentiel.

Et pourtant tu as quand même voulu y croire.

Cette petite colère n’est pas seulement liée à l’argent dépensé. Elle vient aussi du sentiment d’avoir été complice de l’illusion. D’avoir participé volontairement à l’histoire que l’on savait, au fond, un peu embellie.

La peur de la perte

Et il y a un autre paradoxe. Plus l’objet est précieux, plus on fait attention à lui. On le protège. On le manipule avec précaution. On craint la rayure, la chute, la perte. L’accessoire qui devait apporter du plaisir introduit aussi une nouvelle petite inquiétude. Il devient fragile non pas par sa matière, mais par la valeur qu’on lui attribue.

La machine du désir

Avec le temps, on comprend aussi que ce désir n’est pas un hasard. Il est soigneusement entretenu. Vouloir, avoir, vaguement décevoir et recommencer.

Les marques le savent très bien : il faut toujours une nouvelle version, une amélioration subtile, une innovation qui semble indispensable. Les comparatifs, les tests, les vidéos enthousiastes nourrissent l’impression qu’il existe toujours un petit peu mieux. Le modèle suivant. La génération suivante. L’accessoire qui fera enfin la différence.

Et comme je suis un gadgetman, je suis particulièrement sensible à cette mécanique. Parce qu’au fond, j’aime les objets pour ce qu’ils sont : des promesses matérielles. Mais le désir fonctionne comme un horizon. Dès qu’on l’atteint, il se déplace un peu plus loin. L’objet convoité devient simplement celui que l’on possède déjà.

Et un autre commence à briller dans l’escalier.

Apprivoiser l’objet

Heureusement, avec le temps, quelque chose s’apaise. L’objet perd son statut presque sacré. Il prend des marques. Il devient familier. On l’utilise sans trop y penser. Il cesse d’être une promesse. Il devient simplement un outil.  Et c’est peut-être à ce moment-là que la relation devient la plus honnête. Le désir initial disparaît. Il faut en faire le deuil. Parfois c’est réussi. Parfois l’objet se fond dans la boite à outils, attendant son heure sur l’étagère ou dans le fight-case. Cette heure ne viendra peut-être jamais.

Mais en échange, on gagne de temps à autre quelque chose de plus calme : le plaisir simple d’un objet que l’on utilise vraiment, débarrassé de toutes les histoires qu’on lui avait accrochées.